# 3 _____ Je flotte entre deux mondes, sommeil et éveil . C'est ce flottement très agréable qui ne dure que quelques secondes, et pendant lequel la vie n'a plus de sens, jusqu'à ce que vous la receviez en pleine figure, jusqu'à ce que l'éveil prenne le dessus. Je ne flotte plus, je me suis écrasée. J'enfonce ma tête dans l'oreiller, essayant de m'envoler à nouveau, de retrouver cette sensation tellement confortable que l'on vient de m'ôter. Mais c'est peine perdue, le sommeil m'a fui, et déjà je perçois quelques bruits de réalité. Je m'étire et ne sens aucun affaissement à côté de moi, en déduisant que le lit est vide. J'ouvre alors les yeux, et aperçoit un Ryan affolé et agité. M'inquiétant, je m'assois maladroitement sur le lit, détaillant la scène se déroulant à quelques centimètres de moi. Que quelqu'un me réveille, que quelqu'un me dise que ce n'est que le plus mauvais des cauchemars.
_____ Malgré ce que Ryan a essayé de réunir dans sa main, sa hâte a laissé une partie de la poudre blanche sur le bureau. Cette chose. Aucun mot ne pourrait décrire la force de ce qui vient de me percuter. Ça remue les ruines et effondre les murs encore sur pieds, détruit les canalisations, las fondations et les piliers comme un énorme coup de massue sur une pauvre tirelire en porcelaine.
<< Ryan , qu'est ce que tu fais ? >>
_____ Question inutile et débile suspendue dans l'air. Comme si j'avais besoin d'une réponse, comme s'il n'y avait pas cette putain d'évidence sous mes yeux.
<< C'est.. C'est pas possible! Tu ... Tu oses... Juste à côté de moi... alors que mon frère... alors que ton meilleur ami vient de mourir d'une overdose ! >> Je balbutie, les yeux fermés, tentant de lutter contre tous les sentiments qui commencent à me submerger, à me noyer et à rendre ma respiration saccadée.
_____ Sa culpabilité se lit sur son visage, mais il ne mérite aucune pitié. Son acte est comme un remerciement envers cette saleté, envers cette immonde substance qui m'aura enlevée tous ceux que j'aimais. Je rouvre mes yeux, et sent la rage s'infiltrer, n'y opposant aucune résistance. Je ne vois aucune raison de me contrôler, de ne pas écraser ma raison inutile et sans intérêt.
<< Tu n'es qu'un putain d'égoïste ! Est ce que tu as pensé une seule seconde à moi ? Ben non bien sur ! Ryan peut se pourrir la vie devant elle, ce n'est pas comme si son frère était mort il y a quelques heures ! >>
_____ Je hurle à m'en déchirer les cordes vocales, l'écho de ma voix se répercutant sûrement à tous les étages de l'immeuble. Mais je m'en fou, autant que j'aimerais me foutre de lui, de ce connard qui ne sait même plus quoi dire. Je ne l'épargnerai pas, comme il ne m'a rien épargné. Je ne résisterai pas, comme il n'a pas essayé de résister. Ses yeux brillent de larmes, et la honte les envahit. Moi aussi j'ai honte de lui, de sa faiblesse et de son inconscience qui s'attaquent aux morceaux de mon c½ur en équilibre. D'ailleurs comment peut il encore battre, comment peut il survivre à tout ce qu'il subit ?
<< Je t'en supplie, écoute moi. Je t'en prie, calme toi et écoute moi ! >> me supplie t'il d'une voix gémissante, me fixant tout en rangeant précipitamment sa merde - leur merde - dans un tiroir du bureau. << C'est sûrement très dur à comprendre... >>
<< Tais toi ! >> Je le coupe d'une voix dure et ferme, mon regard haineux fixant le sien. << Ferme la, juste ... ferme la. >>
_____ Je sens ma haine bouillonnant à l'intérieur, incontrôlable et déchaînée. D'un geste brusque, j'enlève la couverture qui me recouvrait alors qu'il se lève précipitamment de sa chaise et colle son dos à la porte juste derrière lui. Ainsi a t'il deviné que je voulais m'enfuir. Sa présence me devient insupportable, et je ne vois pour refuge que la salle de bain, la pièce la plus proche où je pourrais m'enfermer. J'y cours alors - de peur qu'il n'essaye de me retenir - ferme la porte derrière moi sans oublier de tourner le verrou. Déjà il crie mon prénom, déjà il s'inquiète. Je m'appuie contre la porte et respire profondément, laissant les larmes chaudes dévaler mon visage. Je l'entends se perdre dans des excuses et des explications désespérées, mais je ne l'écoute déjà plus. Mon regard est fixé sur mon reflet, scrutant ma figure comme je scruterais celle d'une inconnue. Juste en face de moi, le miroir me renvoie l'image d'un visage décomposé par la tristesse, et sali par les traces de maquillage noir emporté par les larmes. Le regard vide et le teint blafard, je ne sais pas s'il reste quelque chose de moi. Sûrement faudrait il mieux que je sois transparente, si je ne le suis pas déjà aux yeux de certains.
_____ J'essais de sourire , mais n'y vois qu'exagération et fausseté, comme lorsqu'on a oublié comment faire Mon sourire appartient-il maintenant au passé? Et un jour, aurais je la possibilité de le retrouver ? C'est un fait, dans l'entourage touché, rien, ni personne ne sera jamais comme il l'était. Mon visage est l'exemple type du dévasté. Chagrin, Déception, Haine. Trop de choses se sont enchaînés pour pouvoir résister ou même ne serais ce que trouver l'envie de résister. Mon regard luttant contre mon reflet , je sens la rage remonter, comme si elle avait attendu une occasion pour mieux s'exprimer, pour s'extérioriser d'une façon qui la satisferait. Je ferme les yeux, serre les dents, et lance mon poing devant moi, ressentant un sentiment victorieux à la sensation de l'impact. Le miroir se brise en son milieu dans un bruit de verre assourdissant, suivi par le redoublement des cris d'un Ryan paniqué qui commence à frapper et à tirer sur la porte verrouillé. Un panneau de verre d'une vingtaine de centimètres se détache et vole en éclat contre le lavabo, certains de ses morceaux s'échouant sur mes pieds nus.
_____ Sans que je ne m'y attende , la douleur me parvient, lancinante et puissante, alors que le sang commence à se propager sur ma main, provenant d'entailles que je sens mais ne voit pas. Des gouttes d'un rouge vif perlent sur le lavabo blanc ainsi que sur le sol carrelé. Je passe mes doigts à travers le sang, cherchant une entaille, quelque chose qui puisse être la source de cette atroce douleur. Je crois sentir du verre infiltrée dans une de mes plaies. J'essais de le retirer mais ne fait que raviver la douleur, m'obligeant à étouffer un cri. Je m'assois sur le sol et respire profondément, avant de retirer le plus gros bout de verre une fois pour toute. La douleur traverse mon c½ur et soulève mon estomac. Je m'accroche à la cuvette et vomis, comme j'aimerais régurgiter tout ce qui m'entoure. Haine & Dégoût. Je reprends peu à peu ma respiration malgré le goût amer persistant dans ma bouche. Je n'ai même plus la force de me relever pour me rincer la bouche au lavabo. Au fond, je n'ai même plus la force de rien. Tant pis pour les bouts de verre encore plantés dans ma peau. Une douleur en vaut bien une autre.
_____ L'agitation de Ryan n'a pas cessée, mais n'est plus qu'un bruit de fond face à cette scène, digne de celle d'un crime. Quelques vertiges me faisant vaciller, je préfère m'allonger contre le sol aussi froid et dur que mon c½ur l'est devenu. A travers mes vêtements, je sens quelques bouts de verres sous mon corps, mais je ne m'en soucie pas. Ce n'est pas quelques égratignures qui changeront quelque chose aux larges taches de sang qui décore macabrement le sol. Le froid s'infiltrant dans mes membres, j'ai l'impression d'avoir perdu toute chaleur, d'être glacée comme une morte, même si mon c½ur bat encore. Je me recroqueville sur moi-même, grimaçant lorsque j'essais de serrer mon poing blessé. Tout à coup, quelque chose manque. Un lointain cliquetis métallique a remplacé la panique très sonore de Ryan. Sûrement fouille t'il je ne sais où pour trouver quelque chose qui puisse faire céder la serrure. Et il l'a bien trouvé , car il ne lui faut qu'une minute où deux, pour revenir et la dévérouiller avec ce que je pense être un couteau. La porte s'ouvre lentement et pourtant, l'air reste respirable.
_____ A la vue du sang répandu dans la salle de bain, Ryan commence à paniquer, se précipitant vers moi tout en proférant des « putain » dans le vent. Ses bras glissent sous mon corps inerte, des bras chauds et rassurants, malgré tout. Il me redresse et m'assoie contre le mur, ses gestes étant les plus lents et délicats que possible. Ses bras en ayant fini avec ma carcasse, il s'agenouille devant moi alors que je détourne le regard et ignore sa présence ainsi que son inquiétude.
<< Oh putain... Il faut un docteur, regarde tout le sang, ta blessure risque de s'infecter, faut un docteur ! >> panique t'il, en observant ma main partiellement couverte de sang.
<< Ryan calme toi. >> Répondis je sèchement. << T'aurais pas une bande ou des compresses ? >>
<< Non non, je ... je vais t'emmener à l'hôpital, ils te feront des points de sutures. >>
<< Je ne bougerais pas d'ici même s'il faut que j'entoure ça avec du papier-cul. Alors maintenant , dis moi si tu as une bande ou des compresses. >>
<< Alix ... >>
<< Est-ce que tu en as ! >> Je cris en lui coupant la parole.
_____ N'osant pas s'opposer à moi, il capitule en soupirant, se lève et commence à fouiller dans le placard. Il ne lui faut que quelques secondes pour trouver une bande, du coton et ce qui j'imagine être du désinfectant. Je me souviens que mon frère me racontait souvent leur escapades et bêtises qui finissait toujours en bleus et égratignures. C'était le temps où mon frère me racontait tout, le temps où tout le monde était étonné par cette confiance que l'on s'offrait. La voix de Ryan me sort de mes pensées, me rappelant que tout ceci n'est qu'un lointain passé purement démodé. Oui, un très lointain passé.
<< Tu es folle. >> Déclare t'il.
<< Pas autant que toi. >> Répliquai-je sur un ton sarcastique.
<< Non, moi je suis vraiment con, mais toi, tu es vraiment folle. >>
_____ Je hausse les sourcils en me souriant à moi-même. Son inquiétude me satisfait quelques peu et m'offre un sentiment de supériorité qui ne me déplait pas. Mais lorsque sa main douce et chaude s'empare de la mienne, froide et frêle, c'est comme si les rôles s'inversaient, comme si je perdais tout ce que je pensais avoir gagné. Ses gestes sont tellement précis et délicat squ'on pourrait croire que ma main est un objet d'une grande valeur. Jamais le coton imbibé de désinfectant n'appuie trop fort, il ne fait que caresser et nettoyer.
<< Ne ... ne t'inquiète pas, je n'ai pas eu le temps... enfin... je suis lucide quoi. Je... je suis vraiment en manque, j'ai été con de faire ça alors que tu étais là, mais ne t'inquiète pas, je n'ai rien pris. >> prononce t'il d'une voix hésitante et meurtrie, les yeux toujours fixé sur ma blessure qu'il nettoie.
<< Je ne m'inquiète pas. >> répondis-je durement, comme si son discours m'avait laissée indifférente.
<< ...d'accord. >>
_____ Le voir rabaissé d'une telle façon aurait du me donner la grande satisfaction de retrouver ma supériorité. Et pourtant, je sens le bouillonnement à l'intérieur de moi s'évaporer, me donnant quelque peu l'impression de tenir le rôle de la méchante dans cette histoire.
_____ Enfin, le sang ayant été - a peu près - nettoyé, je peux apercevoir la raison de la douleur que Ryan m'avait presque faite oubliée - malgré moi. Plusieurs entailles ornent mes doigts ainsi qu'une plus large sur le dessus de ma main, et je peux voir que certaines contiennent quelques minuscules morceaux de verre tout de même assez gros pour me faire remarquer leur présence.
<< Ca risque de faire mal,.Je suis désolé mais si tu ne veux pas aller à l'hôpital, je suis obligé de les enlever avec une pince à épiler. >> déclare t'il sur un ton montrant sa réticence à me faire souffrir plus qu'il ne l'a déja fait.
<< Vas y. Un peu plus ou un peu moins, je crois que j'en ai assez enduré pour supporter ça. Killian me disait souvent de ne pas jouer les chochottes, c'est le moment de lui obéir. >>
_____ Ryan me fixe un instant - sûrement à cause de l'évocation volontaire de mon frère, puis prends une pince à épiler dans un tiroir avant de se concentrer à contrecoeur sur mes plaies. Me rappelant ma réaction à l'extraction du premier - mais certes plus gros - morceau de verre, je serre les dents et focalise mon regard sur une des mèches des cheveux en batailles de Ryan, priant pour ne pas vomir à nouveau.
_____ Bien que mon médecin improvisé se soit inquiété de mon état toutes les 10 secondes, chaque morceau de verre est extrait sans d'extrême douleur, et surtout sans vomissement.
<< Je crois que tu as raison, en partie. >> reprend t'il, une fois débarrassé de sa corvée de torture, les mains tout de même tachées de sang.
<< Raison sur quoi? >>
<< Je ne suis pas capable de te protéger, puisque j'ai besoin que l'on me protège moi-même. >>
<< Des médecins pourraient t'aider Ryan. >>
<< Ce n'est pas des médecins qui résoudront mes problèmes, Alix. Ce n'est pas eux qui me rendront une famille, une enfance, une adolescence, et maintenant mon meilleur ami. Ce n'est pas eux non plus qui changeront le pauvre raté qui n'est pas devenu médecin. >> dénonce t'il d'une voix lourde de rancoeurs.
_____ Il relève la tête et plonge son regard désolé dans le mien. Il esquisse un faible et triste sourire, avant de baisser la tête à nouveau pour commencer à entourer ma blessure avec la bande.
_____ Que ce soit à l'âge de 5 ou de 19 ans, Ryan a toujours eu un grand complexe d'infériorité par rapport à son grand frère devenu médecin. Toute la fierté de ses parents était placée dans son frère aîné, dans celui qui était toujours le meilleur partout. Et maintenant, au jour d'aujourd'hui, les relations ne se sont pas améliorées, les rôles ne se sont jamais inversés. Ryan était le vilain petit canard, celui dont on ne peut rien tirer. Le brouillon avant le chef d'oeuvre. Lorsque sa famille a appris qu'il se droguait, son frère a cessé tout rapport et sa mère lui a acheté un studio loin d'elle pour ne pas qu'il ternisse sa réputation en dévoilant le fils junkie de la grande directrice d'une banque. Alors, tant que le silence entre eux est maintenu, la même somme arrive tous les mois, permettant à Ryan de vivre confortablement. Et même si son père, mort d'un cancer lorsqu'il avait 16 ans, était encore là aujourd'hui , Ryan sait qu'il n'aurait rien changé à la situation.
_____ De tout façon, depuis longtemps, le mot « famille » était rayé de son vocabulaire.
<< Une cure de désintox' coûte de l'argent et il faudrait que j'arrête l'école de photographie. Ou alors que je demandes de l'argent à ma mère, et je crois que je m'écrase assez devant elle pour le moment. Et même , admettons que je suives un traitement. Au bout de plusieurs mois, je serais sevré, puis ça me retombera dessus à nouveau, et il ne me faudra pas plus que quelques jours pour replonger, être accro et recommencer. C'est un cercle vicieux pour les faibles. Et je le suis, beaucoup plus que tu ne le crois. >>
_____ Mes yeux fixent les siens, et j'ai du mal à lui en vouloir. Il y a cette lueur, ce sentiment de perdition, comme s'il s'écroulait intérieurement devant moi, comme si ce que j'ai pris pour une provocation n'était en fait qu'un appel au secours.
<< Et moi ? Je suis où dans tout ça ? >> Je demande avec toujours le même ton sec que je me lutte pour garder.
<< Regarde ce que ça a donné de te mêler à mes histoires. Des morceaux de verre aurait pu couper tes veines, tu es vraiment inconsciente ! >>
<< De nous deux, je ne pense pas que ça soit moi la plus inconsciente. >>
_____ Ce même regard, cette même honte.
_____ Je sais les mots qui peuvent le blesser, ceux qui peuvent l'aider, l'énerver, le faire rire ou même pleurer. Depuis toutes ces années, les réactions de Ryan ( tout comme celle de mon frère ) n'ont - ou n'avaient - plus aucun secret pour moi. Alors je sais qu'il ne me faudrait que quelques mots de plus pour le faire craquer. Alors, tout simplement, je préfère changer de sujet. Après tout, nous commençons à peine à nous nourrir l'un de l'autre.
<< Il est juste 11 heures et demi? >> Je demande comme si de rien n'était.
<< On est revenu à 7h, tu n'as dormi que quelques heures. >>
<< Tant pis, il va falloir que je rentre, mon père a du venir. Je ne peux pas constamment fuir ma mère. Enfin, j'ai plutôt peur qu'elle le tue avant que je ne puisse le voir... Je vais quand même t'aider à nettoyer avant de partir, on dirait une scène de crime avec tout ce sang. >>
<< Ne t'inquiète pas, tu ferais mieux de te reposer encore un peu, j'ai tout mon temps. De toute façon, tout ça est arrivé par ma faute, c'est à moi de nettoyer les dégâts de mes erreurs. >>
_____ Sûrement a-t-il mérité cet air coupable qui arbore son visage. Mais a t'il mérité que je lui tourne le dos ? Sa fragilité me terrifie, me donne envie de l'enfermer dans une bulle loin de toutes cette merde qui l'envahit. Ayant fini d'entourer ma main de la bande, ces doigts attrapent délicatement le bout de ceux de ma main blessée. Alors je sens la haine s'épuiser, s'évaporer définitivement, remplacée par une forte amertume
<< Tais toi un peu et trouve moi de quoi nettoyer. Au fait, je suis désolée pour le miroir, je te le rembourserai. >>
<< Garde ton argent, j'ai largement de quoi me payer un miroir, Alix. >>
<< Hum, ok. >>
_____ C'est inhabituel que je capitule aussi vite, étant très têtue de nature, et il semble le remarquer quelque peu. Pas la peine de s'éterniser dans de long bavardage sans fin, je lui repayerais son miroir, je lui repayerais de quoi pouvoir constater les dégâts qu'il aime tant s'infliger. Ces doigts toujours accrochés aux bouts des miens, j'esquisse un faux sourire ( tout en me sachant très mauvaise actrice) , et tente de me lever en m'appuyant sur une seule main. En vain, l'aide de Ryan n'est pas de refus.
<< Bon, tu me la donnes cette éponge avant que tout ce sang sèche? >>
_____ Il sourit tristement et revient rapidement avec de quoi nettoyer ce chantier sanguinaire.
<< Qu'est ce que tu vas dire à ta mère? >> me questionne t'il, hésitant, alors que je nettoie le lavabo pendant qu'il ramasse les morceaux de verres jonchant le sol.
<< La vérité. Que j'ai pété un câble et que j'ai tapé dans un miroir. >>
<< Je suis désolé Alix. >> s'excuse t'il d'une voix si penaude qu'en d'autre situation, je n'aurais pas hésité à le prendre dans mes bras.
<< Pas autant que moi, Ryan. >>
_____ Jamais autant que moi, Ryan. Et pourtant.
_____ Il y a tellement de pourtant. Tout est si contradictoire.
_____ Alors, pourtant, je ne pourrais jamais le dénoncer. Si je le faisais, ma mère saisirait l'occasion pour m'empêcher de l'approcher, et malgré tout ce que je peux lui reprocher, il m'est aussi indispensable que sa drogue le lui est. Avec tout autant d'effet nocifs.
Je crois qu'à un moment je leur en ai voulu, de s'éloigner de moi et d'ignorer ma solitude. Oui, je leur en ai vraiment voulu, parce que je me sentais rejetée, seule et isolée. Elle me les avait enlevés, arrachés, si violemment qu'une partie de moi manquait. Alors j'ai voulu lutter, pour les récupérer, pour retrouver mon frère et cet ami si particulier. Mais au bout d'un moment j'ai compris la simple vérité : tant que la victime s'accroche à son bourreau, c'est comme s'il n'y avait plus rien à sauver.
Et aussi insensé soit ce choix que j'ai fais, je n'ai pourtant pas abandonné.
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