_Let me be your favorite drug._

_Let me be your favorite drug._
#


I __ R E M E M B E R __ Y O U R __ E Y E S __ W H E N __ I __ W A S __ F A L L I N G .


Certaines choses ne se contrôlent pas. Et beaucoup ne se contrôleront jamais. Je ne te contrôle pas, je ne me contrôle
pas, toi-même ne sais plus te contrôler depuis bien longtemps. L'être humain est si faible; il devient toujours maniable
par sa propre faute, se laissant atrocement maitrîser par des facteurs plus ou moins nuisibles.Il suffirait de lui enlever
ce "si précieux" pour prendre possession de ses actes et de sa vie. Drôle de fragilité. Au dessus d'un precipice, tout le
monde sait marcher pied nu sur le plus fin des fils. Mais faut il encore ne jamais regarder le vide.

Pour essayer... Pour s'éclater... Pour ne pas manquer... Pour se tuer...

I __ R E M E M B E R __ Y O U R __ F A C E __ W H E N __ I __ W A S __ D Y I N G .

#


_ ____

___ Annuaires où je suis inscrite:
____ Histoires-de-romans - Annuaire-fan-fiction - Can-Remember-x - Annuaire-fics-tt-genre - Annuaire-litterature
____ Fair Criticism - Zwillinge-annuaire - Vorzimmer - Annuaire-des-écrits - Tokio-aire - The Critique
____ Vous pouvez aller me noter ou donner votre avis : )



Reprise de l'histoire ! Chapitre 8 enfin en ligne !

# Posté le mardi 14 octobre 2008 15:22

Modifié le mardi 03 novembre 2009 07:51

Je ne previens plus par adresse email,
je ne previens par commentaire que ceux qui laisse un commentaire sur le dernier chapitre.

# Posté le dimanche 19 octobre 2008 06:07

Modifié le dimanche 11 janvier 2009 09:10

_En attendant ta première apparition J'imagine que tu me pleures là-haut sur les nuages Je t'attends pour l'éternité Mais l'éternité n'est pas si longue Car un jour tu m'as dit : _<< Quand rien n'ira plus je serai un ange - rien que pour toiPour toi j'apparaîtrai dans les nuits les plus sombres. >>_Tokio Hotel - Wenn nicht mehr geht

 _En attendant ta première  apparition  J'imagine   que tu me pleures là-haut  sur les   nuages   Je t'attends pour l'éternité  Mais l'éternité n'est pas si longue  Car un jour tu m'as dit : _<< Quand rien n'ira plus je serai un ange - rien que pour toiPour toi j'apparaîtrai dans les nuits les plus sombres. >>_Tokio Hotel - Wenn nicht mehr geht
Livre 1 : Point de vue d'Alix.

# 1


_____Je cours, vite, sans but, tombe, ne me relève pas. Je ne me rélèverais plus. Je sens mon genoux douloureux, mais d'une douleur tellement bénigne face à celle qui me déchire de l'intérieur, me consume et m'oppresse. Mon torse contre le sol, je sens le parquet froid sous mes mains, un froid tellement brûlant face à la température glaciale qui a envahi mon coeur. Je mets quelques secondes avant de comprendre que des bras se sont glissés sous les miens, me relevant doucement pour me retourner, et m'entourer délicatement. A la vision du responsable, je cris , je hurle. Les mots se bousculent à la sortie de ma bouche, sans même me laisser le temps d'en comprendre leur signification.
_____ Il aurait pu le sauver, se sauver aussi, sortir de cette merde et ne plus jamais y toucher. Peut être même connaissait-il ses intentions. Les larmes flouent ma vue mais la haine et le chagrin ayant trouvé leur cible, mes poings se balancent au hasard contre son corps, défoulant ma haine contre ses côtes, son ventre, son torse. Il ne se défend même pas, laissant mes forces s'épuiser, jusqu'à ce que je m'écroule enfin contre lui. Ses bras m'entourent et son odeur chaude et rassurante remplace celle acre et fade de l'hôpital .Le brouhaha règne autour de moi, pourtant il ne couvre pas ce bip perçant et incessant qui nous a transpercé comme un objet des plus tranchant. D'abord régulier, Bip, Bip Bip. Je me souviens avoir retenu ma respiration à chaque intervalle. Puis le bip persista, dura, longtemps, trop longtemps, une ligne continue. Mon souffle coupé, j'avais l'impression que mon coeur s'était arrêté, aussi. Lorsque je réalisais enfin, les médecins entraient, s'agitaient, et moi je me mettais à hurler, à crier son nom, à me débattre pour le rejoindre. Mais Ryan me tenait fort, m'enserrait contre lui, alors que mes ongles griffaient et saignaient la peau de ses mains. Pourtant il ne lâchait pas prise, malgré la douleur que je lui infligeais, mélangée à celle de voir son meilleur ami mourir devant lui. Mais les médecins ne s'agitaient plus et déposaient les bras de mon frère sur son buste. Le Bip s'arrêta, et pourtant, il continuait toujours dans mes pensées. Toutes mes forces m'abandonnaient, et je me souviens avoir redouté les larmes de ma mère, et ses mains qui s'approchaient de moi pour partager son chagrin. Mais elle avait négligé mon frère, lui avait fait subir sa souffrance lorsque son mari s'en était allé. Elle avait sa part de responsabilité dans son acte, elle était coupable. Et son chagrin m'oppressait, comme les bras de Ryan qui m'entouraient toujours, mais comme une simple étreinte désormais, le choc ayant créer mon accalmie et la sienne. Pourtant je suffoquais, et me détachais violemment de leur emprise à coup de coude désordonnés. Ainsi je me suis enfuie, tout en sachant que cette souffrance me rattraperait où que j'aille.

_____Toutes ses images défilent dans ma tête, m'obsèdent malgré sa voix qui couvre peu à peu le Bip toujours présent. Je sens ses cheveux longs se coller à mes joues mouillées d'un liquide salé, et sa main, aussi, caresser mes cheveux pour m'apaiser. Mais je ne suis pas apaisée ; mon frère n'aurait simplement jamais voulu que je blesse son meilleur ami plus qu'il ne l'est déjà, intérieurement. Aussi mes forces m'ont-elles quittées, ses bras étant le seul soutien de corps vide et inanimée. Alors je l'écoute, me chuchoter de me calmer, même s'il réalise le poids de ma carcasse sur ses bras dénudés. Je me focalise sur sa voix, serre fort son corps avec le semblant de force qui me reste, refoulant l'idée écrasante d'imaginer une vie sans mon frère. Je sais que la réalité me heurtera bien assez tôt sans que je ne précipite les choses. Alors, prenant mes pensées comme toile, je redessine les contours du visage rieur de mon Killian, ses yeux plissés à demi caché par des mèches désordonnés, sa bouche fine et étirée ainsi que ses pommettes remontées. C'est un tableau qu'il ne faudrait jamais effacé. Je hoquette à force de pleur, et la tête commence à me tourner. Je voudrais que Ryan ne me lâche jamais, que ses bras me protègent du monde entier et que sa voix couvre tout son qui puissent atteindre mes oreilles. Mais Killian ne vit plus que dans nos pensées, et si la drogue nous l'a emporté , je ne me rangerais pas de son côté , car je sais qu'elle ne nous le ramènera jamais.

_____ Un gémissement.

« Pourquoi vous l'aimez tellement ? »

_____Il ferme les yeux. Une larme s'échappe, la première pour lui.

« Je suis désolé. »

_____ Il vient cacher son chagrin dans mon cou, et je devine ses larmes qui s'écrasent sur le tissus noir qui recouvre mon épaule. Nous sommes un entremêlement de souffrance dans un couloir rempli d'absence. Nous sommes deux âmes agonisantes dans les âbimes profondes de nos êtres, se nourrissant l'une de l'autre comme deux cannibales d'une autre ère. Mais si nous sommes ça, nous ne deviendrons plus rien. Nous nous soustraierons, jusqu'à ce que le résultat ne nous concerne plus.


________________________________________________________________________________________________________________________

# Posté le mercredi 15 octobre 2008 07:32

Modifié le mercredi 08 avril 2009 16:13

LET ME BE YOUR DRUGJ'aurais dû ressentir la détresse dans ta chute,Ce déniement, ton refus de la vie qui nous lia par dépit. Je comprends, Ressens l'addiction qui te boit vers le fond, elle court en moi, m'attire vers toi. Sans la voix, Le dialogue est plus audible et seul reste ta main, Ses écrits qui finalement remplaceront tes crisLET ME BE YOUR DRUGEths - Anima Exhalare

LET ME BE YOUR DRUGJ’aurais dû ressentir la détresse dans ta chute,Ce déniement, ton refus de la vie qui nous lia par dépit. Je comprends, Ressens l’addiction qui te boit vers le fond, elle court en moi, m’attire vers toi. Sans la voix, Le dialogue est plus audible et seul reste ta main, Ses écrits qui finalement remplaceront tes crisLET ME BE YOUR DRUGEths - Anima Exhalare
# 2

_____ Il n'y a pas de mode d'emploi pour savoir se relever après la perte d'un être cher. Chacun aborde sa douleur à sa façon, la combat, l'ignore ou la laisse l'envahir. Certains perdent une bataille et abandonnent la guerre, d'autres cherchent alors d'autres armes, dans une sorte de combat sans fin. La plupart remarcheront, mais d'un pas qui sera désormais différent, comme boiteux et hésitant. Il y aura l'avant et l'après, comme la vie et la survie. Je ne sais pas dans quelle catégorie je saurai me ranger, mais j'ai la vague idée que Killian a du me compter parmi les combattants, les debouts sur leur deux jambes. Peut être m'a t-il sous estimée. Je ne suis pas capable d'en dire plus aujourd'hui. Ce que je sais est douloureux, ce que je sais trempe mes yeux et mon visage, lacère mon coeur et m'enlève toute force physique et mentale.
_____ Tout à coup, des voix familières me sortent de cet inconscient où j'étais plongée, me faisant remarquer la raideur de mon corps. Sûrement me suis je évanouie, et sûrement préférais je rester dans mon inconscient, juste quelques secondes de plus, pour profiter encore un peu de ce répit. Mais cette faveur ne me sera pas accordée, c'est maintenant à mon tour d'affronter la réalité. L'inconfort de ma position me fait prendre conscience que mes pieds et ma tête pendent dans le vide, que mon corps est légèrement secoué à intervalles réguliers, et que des bras me tiennent sous mon cou et sous mes genoux. Malgré l'envie de résister à la réalité - dont l'intensité n'a pas diminuée -, je tente d'ouvrir les yeux qui, après plusieurs tentatives, ne se sentent plus agressés par la lumière blanche projetée des plafonds. Je ne cherche pas la force de relever la tête, et me contente de mon champ de vision pour retrouver le porteur de ma carcasse.
_____ Sans surprise, je découvre le visage de Ryan derrière ses cheveux mi-longs ondulés et emmêlés. Ses yeux rouges et son regard me sont une vision d'horreur, remplie de désespoir et d'abandon. Lui non plus n'a pas de mode d'emploi, lui non plus n'échappera pas aux catégories. Et dans laquelle sera t'il? Killian l'a t'il aussi vu comme un combattant, malgré la faiblesse commune qu'ils subissaient ensemble ? Sa carrure ne fait qu'induire en erreur. Ses muscles et la fermeté de son visage ne l'ont jamais protégé du pire, et ne l'en protègeront jamais, comme il n'a jamais su avouer sa vulnérabilité. Mais moi je la connais, et ce n'est pas pour me rassurer. Tandis que ma peur se trouvent de plus en plus de raisons, son regard perçoit le mien, alors il soulève délicatement mon corps pour que je puisse me tenir à son cou. Quelques efforts, et mes bras coincent ses cheveux entre ma peau et sa nuque, mais il ne se plaint pas. Je remarque une infirmière à ses côtés. Il la prévient de mon réveil, et qu'il m'emmène manger quelque chose. Elle hésite, me regarde et part.
Je n'ai besoin que de lui au près de moi.

_____ Je mange et bois en silence , sans pour autant avoir faim ni soif, juste pour le rassurer sur mon état. M'étant déjà évanouie dans ses bras, empirer son inquiétude est ma dernière volonté. Sur la table, sa main chaude et rassurante serre la mienne pendant toute ma collation. De temps à autre, il brise le silence pour me demander comment je vais, ou si je veux autre chose , alors je réponds juste que je veux quitter le plus vite possible cet hôpital et il réplique que l'on partira dès que j'aurais fini de manger. Mes larmes n'ont pas repris, mais mon regard doit en montrer autant que si j'avais continué à pleurer.

_____Enfin, j'ai fini - englouti - mes deux derniers cookies, il est temps de fuir cet endroit macabre et froid. Nous arrêtant dans cette marche qui semblait être une course vers la sortie, la même infirmière qu'auparavant interpelle Ryan pour lui donner deux enveloppes dont il semble connaître le contenu, vu qu'elle n'en dit pas plus. Je n'y fais pas attention, fixant la porte de sortie tout en continuant d'assister à l'horrible film où un rôle m'a été attribué (à mon insu). J'ai l'impression d'être derrière et devant l'écran, de regarder un film tout en subissant le scénario. Un bras autour de mes épaules, pourtant je progresse dans mon rôle et marche dans la rue en fixant le sol, sans même prêter attention au chemin que l'on prend. Je sais juste que, refusant de retourner chez moi pour l'instant, notre trajet se terminera dans son petit studio acheté par sa mère, une mère directrice d'une banque qui se plait à loger son toxico de fils loin d'elle.

_____ Et la même sensation m'enveloppe toujours, celle qui me montre à chaque pas, que je ne marcherais plus jamais de la même façon , que le monde en est devenu un autre, quelque soit mes choix. Et le pire dans cela, c'est que je sais que je ne suis pas seule dans ce cas. Alors je ne relève pas la tête, évitant de croiser son regard éteint une nouvelle fois.

_____ Ryan pousse la porte du studio dans un grincement, me faisant rentrer avant lui dans ce qui semble être la chambre et le salon à fois. Ses pas et les miens se font feutrés sur la moquette, malgré mes grosses Vans. L'endroit est obscur et froid, les stores fermés ne laissant entrer que de très minces filets de lumière. L'espace semble peu meublé par rapport à sa grande étendue, ne contenant , à ma droite, qu'un canapé (probablement convertible) et un bureau collé au mur, s'opposant, de l'autre côté, à une petite télé et une grande armoire disposées l'une à quelques centimètres de l'autre. Alors que Ryan se dirige vers le bureau, je remarque qu'une des enveloppes dans sa main possède mon prénom inscrit au centre d'elle-même, d'une écriture peu habile mais tellement semblable à celle de mon frère. Mon c½ur rate un battement et je me maudis de ne pas y avoir prêter attention plus tôt.

<< C'est quoi ces enveloppes ? >> Demandai-je avec toute l'autorité dont j'arrive à faire preuve, vexée qu'il me cache l'importance de la chose.
<< Rien d'important. >> Répond t'il en feignant l'indifférence.

_____Il continue de s'éloigner - avec les enveloppes - lorsque je m'avance et attrape son poignet, me montrant aussi déterminée et ferme que ma faiblesse me le permet.

<< C'est à moi, il y a mon prénom dessus.
<< Plus tard. >>
<< C'est ... c'est de Killian c'est ça ? >>

_____Prononcer son prénom ravive la douleur que je tentais en vain d'ignorer, faisait réapparaître les larmes à la commissure de mes yeux. Ryan ne relève pas la tête, le regard rivée sur ma main sur son poignet, puis se détache fermement de mon emprise, et s'apprête à se retourner lorsque je lui arrache mon enveloppe des mains dans un bruit de papier froissé, faisant tomber la sienne au sol, et m'attirant tout un tas de reproche. Il se retourne brutalement vers moi, et je serre le précieux papier cartonné contre moi, avec mes deux bras, menton contre poitrine, prête à une riposte de sa part. Mais rien de ce que j'imagine n'arrive, juste une main qui se pose sur mon bras, une main tendre et chaude contre la peau que laisse nu mon tee-shirt noir à manche courte.

<< Alix... tu ne devrais pas l'ouvrir maintenant. >>

_____Sa voix est telle une supplication, et ma détermination en est presque déstabilisée.

<< Ne décide pas à ma place Ryan. Ces enveloppes ne sont pas n'importe quoi, c'est la dernière chose que l'on aura de lui. >>

_____Ma voix s'étrangle sur mes derniers mots, prononcer son prénom une seconde fois serait trop me demander.

_____A mes paroles, Ryan regarde l'enveloppe qui est tombée sur le sol - celle avec son prénom inscrit dessus de la même écriture - avant de me faire asseoir sur le canapé, de ramasser l'enveloppe et de s'asseoir à son tour à mes côtés. Son regard fixe le mien jusqu'à je me détourne pour délicatement déchirer l'ouverture de la grande enveloppe marron grand format. Au son de déchirure venant d'à côté, je sens l'hésitation de Ryan à ouvrir la sienne. Mon c½ur s'emballe à l'approche des adieux de mon frère, et encore plus lorsque je plonge la main dans l'enveloppe, découvrant à ma surprise une surface lisse et épaisse. Une photo. J'aurais du m'en douter, la photographie a toujours été la passion première de mon frère. J'étais son modèle préféré et un coin des murs de sa chambre est couvert de mes clichés. Enfin, j'inspire une grande bouffée d'air et la sort de l'enveloppe, découvrant un visage qui ne me ressemble que trop. Je me demande jusqu'où son talent s'étalait pour qu'il ai pu rendre mon sourire aussi radieux. Le noir et blanc n'enlève rien de la gaieté de la photo, juste souligne que ce n'est plus qu'un souvenir. Mon sourire n'est plus qu'un souvenir. Je me vois comme si encore j'y étais, après avoir chanté sur une scène de lycée, le c½ur battant pour une simple prestation dans une kermesse. Killian disait que le micro m'allait si bien et que j'étais faite pour ça. D'habitude, ils étaient deux à photographier, Ryan ayant un talent aussi grand que mon frère. Mais il avait vu la surexcitation de son meilleur ami à l'approche de l'événement, et il lui avait laissé l'exclusivité. Je trouvais qu'ils en faisait trop, mais j'en ressentais tout de même une certaine fierté. Et pourtant, je n'avais jamais vu ce cliché. Un cliché du passé. Parce qu'il n'y aura plus jamais d'exclusivité. Je tourne la photo dans l'espoir d'y trouver une date, mais n'en trouve que bien plus. Son écriture est encore là, irrégulière et pointue, en quelques lignes. C'est lorsque je me précipite pour la lire, que je remarque que ma vue n'est plus très nette. Encore des larmes.

Tu ne pouvais pas me faire plus beau cadeau que de me laisser photographier ce sourire, ton sourire. J'ai enfermé un petit bout de bonheur dans une image. Regarde cette photo, et imagine toi sur une scène plus grande que ça, avec un sourire aussi radieux, et un public rien que pour toi. Maintenant n'imagine plus, et rattrape ton rêve. Je n'étais pas un bon exemple. Je t'aime petite s½ur.

Ton frère préféré.

_____Mon visage commence à nouveau à se tremper, et je ne cherche pas à retenir les sanglots que je sens monter. Je ne peux croire que ceux-ci sont ces derniers mots lorsque je repasse mes doigts sur chaque lettre comme si j'essayais de capter la texture de l'encre. Il n'écrira plus jamais. Alors un tas de questions puèriles et sans intêret me viennent à l'esprit. Quelle lettre à t'il écrit en premier ? L'a-t-il écrit avant sur un brouillon ? Pleurait t'il lorsqu'il les a écrit ? Personne, jamais , ne le saura. Un bruit de papier froissé me tire de mes pensées. Les cheveux de Ryan me cache son visage et son absence de mouvement me porte à m'inquiéter. Chacun a vécu ses adieux séparément mais c'est maintenant ensemble que nous aurons à les supporter. Je remballe la photo avec un dernier regard sur mon sourire-souvenir puis attrape celle de Ryan pour les poser sur le bureau. Il lève alors la tête lentement, son regard éteint mais brillant par les larmes, et sa main trouvant la mienne. Son bras m'attire vers lui et je pose ma tête sur son épaule. C'est ici que tout finit vraiment. Il n'y a rien à dire, mais mes sanglots empêchent le silence de s'établir. Puis il se met à me parler comme l'on parle à un jeune enfant de bas âge, m'expliquant qu'il est temps de déplier le canapé, de se reposer après cette nuit blanche. Ces intonations sont tellement fausses que je n'y vois que des efforts pour ne pas craquer devant moi. Alors il me relève, m'embrasse le front puis prend ma main pour pouvoir déplier le canapé de l'autre. J'observe ses gestes et y discernent des tremblements. S'il savait qu'il ne sert à rien de se cacher, lorsque ses yeux sont des aveux à eux seuls.
_____Sa main ne quitte pas la mienne lorsque nous libérons nos pieds de nos chaussures larges et délassées, mais juste quelques secondes le temps de nous allonger. Les draps sont frais, et la chaleur de Ryan est réconfortante lorsque ses bras colossaux viennent m'entourer. Ma tête reposent contre son torse, et sa main caresse mes cheveux. Je hoquette à force de pleurer, lui faisant répéter de me calmer, sans pour autant pouvoir y changer quelque chose. Je ne fais que serrer plus fort le tissus de son tee-shirt enfermé dans ma main, cherchant une prise à laquelle m'accrocher, une prise certes fragile, mais réelle, dans ce monde qui me semble désormais l'être si peu.

<< Tout est de ma faute, je ne me suis doutée de rien. Maman allait le foutre dehors, sa copine l'avait trompé, et... je sais ce que vous faisiez. Je sais même qu'il était à découvert et qu'il devait de l'argent à beaucoup de gens, et j'ai même pas essayer de l'aider. Quand il ne descendait pas manger, je prenais mon assiette, et je mangeais avec lui dans sa chambre. Il n'en sortait plus, et je n'insistais jamais quand il refusait de me dire ce qui n'allait pas. J'aurais pu l'aider Ryan, mais je ne l'ai pas fait. >> Reussis je à prononcer en luttant contre les hoquets. Ma voix est frêle et telle un chuchotement, trop fragile si trop poussée.

<< Ton frère voulait te laisser loin de toute notre merde, il voulait juste te protéger. ( Sa voix n'était pas tellement plus assurée que la mienne, mais cette fois, sonnait étrangement sincère et sérieuse. ) Ecoute moi bien. Ton frère était quelqu'un de bien, et ce qu'il était devenu le dégoûtait. Il avait touché du bout des doigts un tas de choses, et toutes s'étaient envolées, une par une. Il avait des projets de fiançailles, et ... il aimait tellement Lidy. Je ne l'avais jamais vu comme ça avec personne. Ça faisait 2 ans, et tu sais bien que pour ton frère c'était une éternité. (Il sourit.) Et si je n'avais pas été avec lui lorsqu'il l'a découvert avec un autre, je crois qu'il aurait pu le tuer. Puis il y avait les études. Killian s'était alors accroché à la photographie, il passait des journées sur un modèle, cherchant le cliché parfait. Lorsque ta mère a perdu son emploi, et qu'elle a dit qu'elle ne pouvait plus lui payer l'école, je me suis demandé lequel a été pire entre sa rupture avec Lidy et l 'école. Alors il a emprunté de l'argent par ci par là puis il a commencé à travailler le soir comme serveur. Il était crevé et gagnait un salaire misérable. C'est là qu'il a commencé à augmenter les doses de ...( Il inspire.) drogue. Mais la ... mais elle a un prix, alors il ne faisait que s'endetter encore plus. Les dealers ne sont pas des enfants de c½ur, et ton frère avait peur d'eux. Il avait aussi peur qu'ils te découvrent et qu'ils trouvent ainsi une façon de le faire chanter. Il n'aurait jamais supporter de te savoir en danger tu sais. Alors il a brisé tous ses principes, et a volé la caisse du restaurant ou il travaillait, pour rembourser les dealers. Tout le monde était témoin de ses changements d'humeur, mais personne ne se doutait de ce que Killian pensait. Tu sais qu'il a toujours été très renfermé sur lui même, et tu étais la première à le lui reprocher. Tout ce que je sais, c'est qu'il haïssait le pauvre toxico qu'il était devenu. >>

_____J'ai beau pensé que chercher des excuses ne nous rendra que plus coupable, Ryan n'a que trop raison. Mon frère montrait une énorme réticence à se confier. Je n'étais pas au courant du vol, ni de cette augmentation de drogue, et de ce qu'elle entraînait. Le destin s'était acharné sur lui pour me l'enlever, nous l'enlever, même si jusqu'à aujourd'hui, je ne croyais pas en ces idées saugrenues de destinée. Mais en quoi faudrait t'il croire lorsque le vide s'étend sous vous, vous aspire et vous entoure jusqu'à ce qu'il vous noie ?

<< J'aurais pu l'aider s'il m'en avait parlé. Je lui aurais prêté l'argent de mes études , j'aurais trouvé un moyen.>>

_____Sa main glisse sous mon menton pour relever ma tête, et planter son regard plus tendre que terne, dans le mien.

<< Il n'aurait jamais accepté ton argent Alix. Ce n'est pas des remords infondés qui vont changer quelque chose. Moi aussi je n'ai rien vu, alors s'il y a un coupable à trouver, je le suis. On a passé la nuit à l'hôpital et demain sera plus dur qu' aujourd'hui. Alors repose toi maintenant. >>

_____Il repose alors ma tête et l'appuie contre son torse, glissant ses doigts dans mes cheveux. J'entends son c½ur, et soudain, l'interrogation me vient de savoir s'il bat contre la volonté de Ryan. La question se retourne vers moi, et les raisons du battement dans ma cage thoracique me paraissent évidentes.

<< Ce n'est pas moi qu'il faudrait protéger, Ryan. >>

_____Mes doigts serrent encore plus le tissus. Je ne hoquète plus, ne pleure plus, ferme les yeux et me focalise sur le rythme qui résonne sous moi.

_____J'ai 17 ans, et Ryan 19, tout comme mon frère. Deux ans nous séparent, et pourtant , j'ai l'impression qu'ils ont vécu des dizaines d'années de plus que moi. C'est comme s'ils avaient vécu une seconde vie sans moi, comme si le film s'était accéléré à chaque fois que mes yeux étaient fermés.
_____Ou alors c'est que je n'ai jamais rien eu à rembobiner, que mes yeux sont restés trop souvent fermés.


_____Et je cherche dans ma tête la date d'aujourd'hui.
_____Le 30 Mars 2009, sa vie s'est arrêtée.
_____Le 30 Mars 2009, notre survie a commencé.



________________________________________________________________________________________________________________________

# Posté le dimanche 09 novembre 2008 07:52

Modifié le mercredi 08 avril 2009 16:14

LET ME BE YOUR DRUGJe ne peux pas m'echapper de cet enferTellement de fois, j'ai essayé Mais je suis toujours enfermé à l'intérieurQue quelqu'un m'aide à traverser ce cauchemarJe ne peux pas me contrôler.LET ME BE YOUR DRUGEt si tu pouvais voir la partie la plus sombre de moi?Personne ne changera jamais l'animal que je suis devenuAide moi à croire que ce n'est pas vraiment moi Que quelqu'un m'aide à maitriser cet animal.LET ME BE YOUR DRUGThree Days Grace - Animal I have become

LET ME BE YOUR DRUGJe ne peux pas m'echapper de cet enferTellement de fois, j'ai essayé Mais je suis toujours enfermé à l'intérieurQue quelqu'un m'aide à traverser ce cauchemarJe ne peux pas me contrôler.LET ME BE YOUR DRUGEt si tu pouvais voir la partie la plus sombre de moi?Personne ne changera jamais l'animal que je suis devenuAide moi à croire que ce n'est pas vraiment moi Que quelqu'un m'aide à maitriser cet animal.LET ME BE YOUR DRUGThree Days Grace - Animal I have become
# 3

_____ Je flotte entre deux mondes, sommeil et éveil . C'est ce flottement très agréable qui ne dure que quelques secondes, et pendant lequel la vie n'a plus de sens, jusqu'à ce que vous la receviez en pleine figure, jusqu'à ce que l'éveil prenne le dessus. Je ne flotte plus, je me suis écrasée. J'enfonce ma tête dans l'oreiller, essayant de m'envoler à nouveau, de retrouver cette sensation tellement confortable que l'on vient de m'ôter. Mais c'est peine perdue, le sommeil m'a fui, et déjà je perçois quelques bruits de réalité. Je m'étire et ne sens aucun affaissement à côté de moi, en déduisant que le lit est vide. J'ouvre alors les yeux, et aperçoit un Ryan affolé et agité. M'inquiétant, je m'assois maladroitement sur le lit, détaillant la scène se déroulant à quelques centimètres de moi. Que quelqu'un me réveille, que quelqu'un me dise que ce n'est que le plus mauvais des cauchemars.
_____ Malgré ce que Ryan a essayé de réunir dans sa main, sa hâte a laissé une partie de la poudre blanche sur le bureau. Cette chose. Aucun mot ne pourrait décrire la force de ce qui vient de me percuter. Ça remue les ruines et effondre les murs encore sur pieds, détruit les canalisations, las fondations et les piliers comme un énorme coup de massue sur une pauvre tirelire en porcelaine.

<< Ryan , qu'est ce que tu fais ? >>

_____ Question inutile et débile suspendue dans l'air. Comme si j'avais besoin d'une réponse, comme s'il n'y avait pas cette putain d'évidence sous mes yeux.

<< C'est.. C'est pas possible! Tu ... Tu oses... Juste à côté de moi... alors que mon frère... alors que ton meilleur ami vient de mourir d'une overdose ! >> Je balbutie, les yeux fermés, tentant de lutter contre tous les sentiments qui commencent à me submerger, à me noyer et à rendre ma respiration saccadée.

_____ Sa culpabilité se lit sur son visage, mais il ne mérite aucune pitié. Son acte est comme un remerciement envers cette saleté, envers cette immonde substance qui m'aura enlevée tous ceux que j'aimais. Je rouvre mes yeux, et sent la rage s'infiltrer, n'y opposant aucune résistance. Je ne vois aucune raison de me contrôler, de ne pas écraser ma raison inutile et sans intérêt.

<< Tu n'es qu'un putain d'égoïste ! Est ce que tu as pensé une seule seconde à moi ? Ben non bien sur ! Ryan peut se pourrir la vie devant elle, ce n'est pas comme si son frère était mort il y a quelques heures ! >>

_____ Je hurle à m'en déchirer les cordes vocales, l'écho de ma voix se répercutant sûrement à tous les étages de l'immeuble. Mais je m'en fou, autant que j'aimerais me foutre de lui, de ce connard qui ne sait même plus quoi dire. Je ne l'épargnerai pas, comme il ne m'a rien épargné. Je ne résisterai pas, comme il n'a pas essayé de résister. Ses yeux brillent de larmes, et la honte les envahit. Moi aussi j'ai honte de lui, de sa faiblesse et de son inconscience qui s'attaquent aux morceaux de mon c½ur en équilibre. D'ailleurs comment peut il encore battre, comment peut il survivre à tout ce qu'il subit ?

<< Je t'en supplie, écoute moi. Je t'en prie, calme toi et écoute moi ! >> me supplie t'il d'une voix gémissante, me fixant tout en rangeant précipitamment sa merde - leur merde - dans un tiroir du bureau. << C'est sûrement très dur à comprendre... >>
<< Tais toi ! >> Je le coupe d'une voix dure et ferme, mon regard haineux fixant le sien. << Ferme la, juste ... ferme la. >>

_____ Je sens ma haine bouillonnant à l'intérieur, incontrôlable et déchaînée. D'un geste brusque, j'enlève la couverture qui me recouvrait alors qu'il se lève précipitamment de sa chaise et colle son dos à la porte juste derrière lui. Ainsi a t'il deviné que je voulais m'enfuir. Sa présence me devient insupportable, et je ne vois pour refuge que la salle de bain, la pièce la plus proche où je pourrais m'enfermer. J'y cours alors - de peur qu'il n'essaye de me retenir - ferme la porte derrière moi sans oublier de tourner le verrou. Déjà il crie mon prénom, déjà il s'inquiète. Je m'appuie contre la porte et respire profondément, laissant les larmes chaudes dévaler mon visage. Je l'entends se perdre dans des excuses et des explications désespérées, mais je ne l'écoute déjà plus. Mon regard est fixé sur mon reflet, scrutant ma figure comme je scruterais celle d'une inconnue. Juste en face de moi, le miroir me renvoie l'image d'un visage décomposé par la tristesse, et sali par les traces de maquillage noir emporté par les larmes. Le regard vide et le teint blafard, je ne sais pas s'il reste quelque chose de moi. Sûrement faudrait il mieux que je sois transparente, si je ne le suis pas déjà aux yeux de certains.

_____ J'essais de sourire , mais n'y vois qu'exagération et fausseté, comme lorsqu'on a oublié comment faire Mon sourire appartient-il maintenant au passé? Et un jour, aurais je la possibilité de le retrouver ? C'est un fait, dans l'entourage touché, rien, ni personne ne sera jamais comme il l'était. Mon visage est l'exemple type du dévasté. Chagrin, Déception, Haine. Trop de choses se sont enchaînés pour pouvoir résister ou même ne serais ce que trouver l'envie de résister. Mon regard luttant contre mon reflet , je sens la rage remonter, comme si elle avait attendu une occasion pour mieux s'exprimer, pour s'extérioriser d'une façon qui la satisferait. Je ferme les yeux, serre les dents, et lance mon poing devant moi, ressentant un sentiment victorieux à la sensation de l'impact. Le miroir se brise en son milieu dans un bruit de verre assourdissant, suivi par le redoublement des cris d'un Ryan paniqué qui commence à frapper et à tirer sur la porte verrouillé. Un panneau de verre d'une vingtaine de centimètres se détache et vole en éclat contre le lavabo, certains de ses morceaux s'échouant sur mes pieds nus.
_____ Sans que je ne m'y attende , la douleur me parvient, lancinante et puissante, alors que le sang commence à se propager sur ma main, provenant d'entailles que je sens mais ne voit pas. Des gouttes d'un rouge vif perlent sur le lavabo blanc ainsi que sur le sol carrelé. Je passe mes doigts à travers le sang, cherchant une entaille, quelque chose qui puisse être la source de cette atroce douleur. Je crois sentir du verre infiltrée dans une de mes plaies. J'essais de le retirer mais ne fait que raviver la douleur, m'obligeant à étouffer un cri. Je m'assois sur le sol et respire profondément, avant de retirer le plus gros bout de verre une fois pour toute. La douleur traverse mon c½ur et soulève mon estomac. Je m'accroche à la cuvette et vomis, comme j'aimerais régurgiter tout ce qui m'entoure. Haine & Dégoût. Je reprends peu à peu ma respiration malgré le goût amer persistant dans ma bouche. Je n'ai même plus la force de me relever pour me rincer la bouche au lavabo. Au fond, je n'ai même plus la force de rien. Tant pis pour les bouts de verre encore plantés dans ma peau. Une douleur en vaut bien une autre.

_____ L'agitation de Ryan n'a pas cessée, mais n'est plus qu'un bruit de fond face à cette scène, digne de celle d'un crime. Quelques vertiges me faisant vaciller, je préfère m'allonger contre le sol aussi froid et dur que mon c½ur l'est devenu. A travers mes vêtements, je sens quelques bouts de verres sous mon corps, mais je ne m'en soucie pas. Ce n'est pas quelques égratignures qui changeront quelque chose aux larges taches de sang qui décore macabrement le sol. Le froid s'infiltrant dans mes membres, j'ai l'impression d'avoir perdu toute chaleur, d'être glacée comme une morte, même si mon c½ur bat encore. Je me recroqueville sur moi-même, grimaçant lorsque j'essais de serrer mon poing blessé. Tout à coup, quelque chose manque. Un lointain cliquetis métallique a remplacé la panique très sonore de Ryan. Sûrement fouille t'il je ne sais où pour trouver quelque chose qui puisse faire céder la serrure. Et il l'a bien trouvé , car il ne lui faut qu'une minute où deux, pour revenir et la dévérouiller avec ce que je pense être un couteau. La porte s'ouvre lentement et pourtant, l'air reste respirable.

_____ A la vue du sang répandu dans la salle de bain, Ryan commence à paniquer, se précipitant vers moi tout en proférant des « putain » dans le vent. Ses bras glissent sous mon corps inerte, des bras chauds et rassurants, malgré tout. Il me redresse et m'assoie contre le mur, ses gestes étant les plus lents et délicats que possible. Ses bras en ayant fini avec ma carcasse, il s'agenouille devant moi alors que je détourne le regard et ignore sa présence ainsi que son inquiétude.

<< Oh putain... Il faut un docteur, regarde tout le sang, ta blessure risque de s'infecter, faut un docteur ! >> panique t'il, en observant ma main partiellement couverte de sang.

<< Ryan calme toi. >> Répondis je sèchement. << T'aurais pas une bande ou des compresses ? >>
<< Non non, je ... je vais t'emmener à l'hôpital, ils te feront des points de sutures. >>
<< Je ne bougerais pas d'ici même s'il faut que j'entoure ça avec du papier-cul. Alors maintenant , dis moi si tu as une bande ou des compresses. >>
<< Alix ... >>
<< Est-ce que tu en as ! >> Je cris en lui coupant la parole.

_____ N'osant pas s'opposer à moi, il capitule en soupirant, se lève et commence à fouiller dans le placard. Il ne lui faut que quelques secondes pour trouver une bande, du coton et ce qui j'imagine être du désinfectant. Je me souviens que mon frère me racontait souvent leur escapades et bêtises qui finissait toujours en bleus et égratignures. C'était le temps où mon frère me racontait tout, le temps où tout le monde était étonné par cette confiance que l'on s'offrait. La voix de Ryan me sort de mes pensées, me rappelant que tout ceci n'est qu'un lointain passé purement démodé. Oui, un très lointain passé.

<< Tu es folle. >> Déclare t'il.
<< Pas autant que toi. >> Répliquai-je sur un ton sarcastique.
<< Non, moi je suis vraiment con, mais toi, tu es vraiment folle. >>

_____ Je hausse les sourcils en me souriant à moi-même. Son inquiétude me satisfait quelques peu et m'offre un sentiment de supériorité qui ne me déplait pas. Mais lorsque sa main douce et chaude s'empare de la mienne, froide et frêle, c'est comme si les rôles s'inversaient, comme si je perdais tout ce que je pensais avoir gagné. Ses gestes sont tellement précis et délicat squ'on pourrait croire que ma main est un objet d'une grande valeur. Jamais le coton imbibé de désinfectant n'appuie trop fort, il ne fait que caresser et nettoyer.

<< Ne ... ne t'inquiète pas, je n'ai pas eu le temps... enfin... je suis lucide quoi. Je... je suis vraiment en manque, j'ai été con de faire ça alors que tu étais là, mais ne t'inquiète pas, je n'ai rien pris. >> prononce t'il d'une voix hésitante et meurtrie, les yeux toujours fixé sur ma blessure qu'il nettoie.
<< Je ne m'inquiète pas. >> répondis-je durement, comme si son discours m'avait laissée indifférente.
<< ...d'accord. >>

_____ Le voir rabaissé d'une telle façon aurait du me donner la grande satisfaction de retrouver ma supériorité. Et pourtant, je sens le bouillonnement à l'intérieur de moi s'évaporer, me donnant quelque peu l'impression de tenir le rôle de la méchante dans cette histoire.
_____ Enfin, le sang ayant été - a peu près - nettoyé, je peux apercevoir la raison de la douleur que Ryan m'avait presque faite oubliée - malgré moi. Plusieurs entailles ornent mes doigts ainsi qu'une plus large sur le dessus de ma main, et je peux voir que certaines contiennent quelques minuscules morceaux de verre tout de même assez gros pour me faire remarquer leur présence.

<< Ca risque de faire mal,.Je suis désolé mais si tu ne veux pas aller à l'hôpital, je suis obligé de les enlever avec une pince à épiler. >> déclare t'il sur un ton montrant sa réticence à me faire souffrir plus qu'il ne l'a déja fait.
<< Vas y. Un peu plus ou un peu moins, je crois que j'en ai assez enduré pour supporter ça. Killian me disait souvent de ne pas jouer les chochottes, c'est le moment de lui obéir. >>

_____ Ryan me fixe un instant - sûrement à cause de l'évocation volontaire de mon frère, puis prends une pince à épiler dans un tiroir avant de se concentrer à contrecoeur sur mes plaies. Me rappelant ma réaction à l'extraction du premier - mais certes plus gros - morceau de verre, je serre les dents et focalise mon regard sur une des mèches des cheveux en batailles de Ryan, priant pour ne pas vomir à nouveau.
_____ Bien que mon médecin improvisé se soit inquiété de mon état toutes les 10 secondes, chaque morceau de verre est extrait sans d'extrême douleur, et surtout sans vomissement.

<< Je crois que tu as raison, en partie. >> reprend t'il, une fois débarrassé de sa corvée de torture, les mains tout de même tachées de sang.
<< Raison sur quoi? >>
<< Je ne suis pas capable de te protéger, puisque j'ai besoin que l'on me protège moi-même. >>
<< Des médecins pourraient t'aider Ryan. >>
<< Ce n'est pas des médecins qui résoudront mes problèmes, Alix. Ce n'est pas eux qui me rendront une famille, une enfance, une adolescence, et maintenant mon meilleur ami. Ce n'est pas eux non plus qui changeront le pauvre raté qui n'est pas devenu médecin. >> dénonce t'il d'une voix lourde de rancoeurs.

_____ Il relève la tête et plonge son regard désolé dans le mien. Il esquisse un faible et triste sourire, avant de baisser la tête à nouveau pour commencer à entourer ma blessure avec la bande.

_____ Que ce soit à l'âge de 5 ou de 19 ans, Ryan a toujours eu un grand complexe d'infériorité par rapport à son grand frère devenu médecin. Toute la fierté de ses parents était placée dans son frère aîné, dans celui qui était toujours le meilleur partout. Et maintenant, au jour d'aujourd'hui, les relations ne se sont pas améliorées, les rôles ne se sont jamais inversés. Ryan était le vilain petit canard, celui dont on ne peut rien tirer. Le brouillon avant le chef d'oeuvre. Lorsque sa famille a appris qu'il se droguait, son frère a cessé tout rapport et sa mère lui a acheté un studio loin d'elle pour ne pas qu'il ternisse sa réputation en dévoilant le fils junkie de la grande directrice d'une banque. Alors, tant que le silence entre eux est maintenu, la même somme arrive tous les mois, permettant à Ryan de vivre confortablement. Et même si son père, mort d'un cancer lorsqu'il avait 16 ans, était encore là aujourd'hui , Ryan sait qu'il n'aurait rien changé à la situation.
_____ De tout façon, depuis longtemps, le mot « famille » était rayé de son vocabulaire.

<< Une cure de désintox' coûte de l'argent et il faudrait que j'arrête l'école de photographie. Ou alors que je demandes de l'argent à ma mère, et je crois que je m'écrase assez devant elle pour le moment. Et même , admettons que je suives un traitement. Au bout de plusieurs mois, je serais sevré, puis ça me retombera dessus à nouveau, et il ne me faudra pas plus que quelques jours pour replonger, être accro et recommencer. C'est un cercle vicieux pour les faibles. Et je le suis, beaucoup plus que tu ne le crois. >>

_____ Mes yeux fixent les siens, et j'ai du mal à lui en vouloir. Il y a cette lueur, ce sentiment de perdition, comme s'il s'écroulait intérieurement devant moi, comme si ce que j'ai pris pour une provocation n'était en fait qu'un appel au secours.

<< Et moi ? Je suis où dans tout ça ? >> Je demande avec toujours le même ton sec que je me lutte pour garder.
<< Regarde ce que ça a donné de te mêler à mes histoires. Des morceaux de verre aurait pu couper tes veines, tu es vraiment inconsciente ! >>
<< De nous deux, je ne pense pas que ça soit moi la plus inconsciente. >>

_____ Ce même regard, cette même honte.
_____ Je sais les mots qui peuvent le blesser, ceux qui peuvent l'aider, l'énerver, le faire rire ou même pleurer. Depuis toutes ces années, les réactions de Ryan ( tout comme celle de mon frère ) n'ont - ou n'avaient - plus aucun secret pour moi. Alors je sais qu'il ne me faudrait que quelques mots de plus pour le faire craquer. Alors, tout simplement, je préfère changer de sujet. Après tout, nous commençons à peine à nous nourrir l'un de l'autre.


<< Il est juste 11 heures et demi? >> Je demande comme si de rien n'était.
<< On est revenu à 7h, tu n'as dormi que quelques heures. >>
<< Tant pis, il va falloir que je rentre, mon père a du venir. Je ne peux pas constamment fuir ma mère. Enfin, j'ai plutôt peur qu'elle le tue avant que je ne puisse le voir... Je vais quand même t'aider à nettoyer avant de partir, on dirait une scène de crime avec tout ce sang. >>
<< Ne t'inquiète pas, tu ferais mieux de te reposer encore un peu, j'ai tout mon temps. De toute façon, tout ça est arrivé par ma faute, c'est à moi de nettoyer les dégâts de mes erreurs. >>

_____ Sûrement a-t-il mérité cet air coupable qui arbore son visage. Mais a t'il mérité que je lui tourne le dos ? Sa fragilité me terrifie, me donne envie de l'enfermer dans une bulle loin de toutes cette merde qui l'envahit. Ayant fini d'entourer ma main de la bande, ces doigts attrapent délicatement le bout de ceux de ma main blessée. Alors je sens la haine s'épuiser, s'évaporer définitivement, remplacée par une forte amertume

<< Tais toi un peu et trouve moi de quoi nettoyer. Au fait, je suis désolée pour le miroir, je te le rembourserai. >>
<< Garde ton argent, j'ai largement de quoi me payer un miroir, Alix. >>
<< Hum, ok. >>

_____ C'est inhabituel que je capitule aussi vite, étant très têtue de nature, et il semble le remarquer quelque peu. Pas la peine de s'éterniser dans de long bavardage sans fin, je lui repayerais son miroir, je lui repayerais de quoi pouvoir constater les dégâts qu'il aime tant s'infliger. Ces doigts toujours accrochés aux bouts des miens, j'esquisse un faux sourire ( tout en me sachant très mauvaise actrice) , et tente de me lever en m'appuyant sur une seule main. En vain, l'aide de Ryan n'est pas de refus.

<< Bon, tu me la donnes cette éponge avant que tout ce sang sèche? >>

_____ Il sourit tristement et revient rapidement avec de quoi nettoyer ce chantier sanguinaire.

<< Qu'est ce que tu vas dire à ta mère? >> me questionne t'il, hésitant, alors que je nettoie le lavabo pendant qu'il ramasse les morceaux de verres jonchant le sol.
<< La vérité. Que j'ai pété un câble et que j'ai tapé dans un miroir. >>
<< Je suis désolé Alix. >> s'excuse t'il d'une voix si penaude qu'en d'autre situation, je n'aurais pas hésité à le prendre dans mes bras.
<< Pas autant que moi, Ryan. >>

_____ Jamais autant que moi, Ryan. Et pourtant.
_____ Il y a tellement de pourtant. Tout est si contradictoire.
_____ Alors, pourtant, je ne pourrais jamais le dénoncer. Si je le faisais, ma mère saisirait l'occasion pour m'empêcher de l'approcher, et malgré tout ce que je peux lui reprocher, il m'est aussi indispensable que sa drogue le lui est. Avec tout autant d'effet nocifs.

Je crois qu'à un moment je leur en ai voulu, de s'éloigner de moi et d'ignorer ma solitude. Oui, je leur en ai vraiment voulu, parce que je me sentais rejetée, seule et isolée. Elle me les avait enlevés, arrachés, si violemment qu'une partie de moi manquait. Alors j'ai voulu lutter, pour les récupérer, pour retrouver mon frère et cet ami si particulier. Mais au bout d'un moment j'ai compris la simple vérité : tant que la victime s'accroche à son bourreau, c'est comme s'il n'y avait plus rien à sauver.
Et aussi insensé soit ce choix que j'ai fais, je n'ai pourtant pas abandonné.

_______________________________________________________________________________________

# Posté le lundi 01 décembre 2008 13:27

Modifié le mercredi 08 avril 2009 16:19